On a fait une dorure à New-York !

Projets

Le 15/01/2026

Lorsqu'un architecte de Brooklyn te demande de réaliser une dorure pour un imposte vitré d'une maison new-yorkaise, au début tu n'y crois pas. Le projet se peaufine, l'échéance approche. Les dimensions, le style, les effets sont validés. Il va y'avoir un couac, ce n'est pas possible. Et puis l'avion décolle. Tu espères ne rien avoir oublié dans la longue liste de matériel nécessaire à la dorure. Et le rêve devient réalité. L'imaginaire new-yorkais des films prend vie et tout est bien réel. Je vous raconte ici un projet de peinture en lettres hors du commun, à Brooklyn, entouré de gratte-ciel, de donuts et de taxis jaunes

Peindre des lettres à New-York, une expérience incroyable

Chez moi, il y a la mer bleue, des champs verts et des vaches.
Chez eux, il y a du bitume gris, des rues grises et du monde.
Chez moi, il y a des bateaux blancs, des tracteurs rouges et des forêts.
Chez eux, il y a des voitures grises, des taxis jaunes et des gratte-ciels.

Ici, c’est calme et les commerces ferment tôt. Parfois il n’y a rien d’ouvert.
Là-bas, il y a du bruit et ça ne dort jamais. Tu peux tout faire. Tout le temps.
Ici, tout le monde se connaît, de loin ou de près.
Là-bas, tu es entouré d’inconnus. Tu évolues dans une boule d’énergie brute et inspirante et te fonds dans la masse. 

Tu es pris dans le tumulte d’une chose invisible qui va vite. Tu marches vite, tu manges vite, tu fais des trucs. Tout le temps. Il y a des informations partout, sur un panneau, une enseigne, un bus, une affiche, au sol, un pignon, sur les toits. Tu t’enfermes dans le coffee shop du coin de la rue pour échapper à la foule et te reposer. Tu souffles enfin. Tu te réchauffes les mains autour de ton gobelet logoté. Puis tu repars, tu achètes, tu traverses la rue, tu commandes, tu bois, tu cours, tu parles, tu prends des photos, tu consommes, tu admires, tu fais la queue, tu manges, tu vas dormir. Et tu recommences.

"C’est un langage de rigueur, de respect et de durée, plus que de décoration."

Contraste, hasard et dorure - Résumé d'un projet peinture inoubliable

Ce que j’ai aimé dans cette petite aventure américaine, c’est le contraste, le hasard et la dorure.

J’ai aimé le contraste. Celui des gestes lents de peinture au cœur d’une ville qui va vite. Celui d’un bouseux français au rythme d’un citadin New-Yorkais. Celui d’un sentiment de solitude au milieu d’une foule immense.

J’ai aimé le hasard. Celui de tomber sur un lettrage peint au détour d’une rue. De commander un scone merveilleux et tiède, au beurre et à la myrtille. Celui de rencontrer l’ami d’un ami d’ami qui a un ami qui est architecte à Brooklyn. Que ce dernier ait un client qui a besoin de mes services pour finaliser la rénovation de sa maison. Celui que la vitre ait finalement pu être livrée en temps et en heure pour être réalisée…

J’ai aimé la dorure. Dans mon imaginaire de peintre en lettres, c’est un petit Graal que de peindre le numéro d’un immeuble de Brooklyn. Encore plus à la feuille d’or. J’ai peint 3 chiffres d’environ 25 centimètres, pour former le numéro 239. Par l’arrière de la vitre, j’ai d’abord peint les contours et l’épaisseur en noir. Puis j’ai appliqué du vernis au centre de chaque chiffre. J’ai ensuite apposé des feuilles d’or jaune italiennes 23 carats que j’ai protégées par une peinture noire résistante. J’ai enfin enlevé l’excédent d’or et le résultat est apparu au verso. Magique.

La petite histoire du Boston gilding, à la sauce Brooklyn

Pour la petite histoire, cette technique spécifique permettant d’obtenir un effet mat et brillant à la dorure à l’eau, en une fois, s’appelle le « Boston Gilding ». Boston est l’un des berceaux américains du lettrage et de la dorure à la feuille d’or.
Dès le 18e siècle, héritée des traditions européennes, la dorure y est utilisée pour les enseignes, plaques et numéros.  C’est un langage de rigueur, de respect et de durée, plus que de décoration. Cette culture du geste précis et du détail durable se diffuse ensuite vers les autres grandes villes américaines. A New-York, et particulièrement à Brooklyn, la feuille d’or devient un moyen de rendre visibles les numéros de rue, de signer une façade, de faire exister un détail dans une ville en mouvement qui déborde d’informations et de messages.

Avec le temps, cette pratique artisanale disparait au profit de solutions industrielles. Aujourd’hui, elle revient comme un geste patrimonial : peindre un numéro à la main, à la feuille d’or, c’est renouer avec une histoire urbaine où chaque détail comptait.